Bakatov et Gloucester grandissent dans un orphelinat pour enfants handicapés. Le premier a le crâne difforme, le second est bossu. Moqueries, insultes, humiliations sont leur lot quotidien.
On leur permet malgré tout, un jour, d'entrer dans la vie active. Bakatov devient plombier, Gloucester pianiste, il a la bosse de la musique, un vrai Mozart ! Or, Bakatov, depuis son enfance, se laisse pousser les ongles, les ronge et, avec force incantations secrètes, manifeste d'étranges pouvoirs...
Sous l'influence de Limonov ou Sorokine, Elizarov offre une évocation picaresque et hallucinée du monde né de la dé-soviétisation. Les vingt-quatre étapes de ce parcours initiatique lâchent les deux gamins dans les soubassements d'une mégalopole livrée au règne de la grande débrouille. Splendeur de l'écriture, richesse métaphorique constante, justesse assassine des notations, tout dans ce bref et magistral premier roman tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.
Une des poétisations les plus originales, captivantes et sombres de la Russie de la " transition " entre périodes soviétique et actuelle.
Mikhaïl Elizarov, né en 1973 en Ukraine, réside en Allemagne de 2001 à 2007 pour des études de cinéma. Son roman le Bibliothécaire (Calmann-Lévy, 2010) a été couronné en 2008 par le Russian Booker Prize. On l'a comparé à Umberto Eco ou Milorad Pavic. Le Berliner Zeitung a loué chez lui un " mélange alchimique de Gogol, de réalité russe, et de magie noire ".